Mercredi 4 mars 2009
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Gauche, Libéralisme de Gauche, Réalisme de Gauche, ... grand débat ... sémantique ?
Nicolas Tenzer, philosophe qui se revendique du libéralisme de gauche
a écrit en 2008
"Quand la France disparaît du Monde" livre paru aux Editions Grasset".
Tout blog politique a pour mission de permettre à chacun d'entre nous de se retrouver dans les écrits, paroles, ... de militants, d'élus, d'économistes, de
philosophes. C'est ainsi qu'aujour'hui nous reprenons un article de Nicolas Vignole, paru sur ESPRIT CRITIQUE - Fondation Jean Jaurès - article qui retrace l'esprit du livre de Nicolas Tenzer
(photo ci-dessous) "Quand la France disparaît du Monde". http://www.jean-jaures.org/NL/EC89/EC89.pdf
Quand la France disparaît du monden'est pas un appel de plus à la déprime générale. Synthèse d'une mission officielle menée durant plusieurs mois à
l'étranger, de centaines de rencontres et d'entretiens réalisés au sein de nos représentations diplomatiques et des principales organisations internationales, ce livre est un appel à la lucidité
et à l'action. On y lira donc pas une énième complainte sur notre grandeur perdue, mais bien une invitation à bouger. Nicolas Tenzer a le courage de celui qui ne se résigne pas à commenter
l'inéluctable et la foi de celui qui croit en notre capacité collective à penser et à changer.
Rien que pour cela, pour le pari qu'il fait, son plaidoyer en faveur d'une réorganisation de notre politique extérieure mérite d'être lu et même défendu.
Le pari est risqué. En pleine crise économique, il peut en effet paraître
contre-productif de tirer sur l'ambulance « France », en titrant sur sa disparition progressive, ou d'un intérêt second de s'interroger sur notre politique extérieure, alors que l'urgence est
d'abord sociale et économique. C'est pourtant maintenant, au coeur de la tourmente, que la France doit rompre avec une politique étrangère erratique, éclatée, incohérente.
Rompre surtout avec une politique étrangère dépourvue de boussole et d'objectifs, une
politique étrangère de « l'esbroufe » et du paravent, de l'immédiat et du « petit bras ». Une diplomatie du surplace en somme !
Le plus irritant dans cette affaire, et c'est sans doute l'un des principaux
enseignements de la mission conduite par Nicolas Tenzer, c’est que nos représentants en poste à l'étranger sont pour la plupart moins gagnés par un sentiment d'autosatisfaction ou de résignation
que travaillés par une forme de frustration et d'impuissance. Ils veulent mieux faire mais ne voient rien venir de Paris. Pis encore, ils savent qu'ils peuvent mieux faire – ils sentent qu’en
maintes occasions, ils pourraient faire gagner la France – mais n'ont pas les moyens ou sont découragés d'agir.
Le constat est simple et n'a rien
d'inéluctable ; nous disparaissons du monde car nous dormons sur certaines de nos rentes de situation.
Notre politique étrangère est une « belle endormie ».
Libre à nous de nous réveiller et d'utiliser des atouts encore bien réels au service d'une nouvelle politique extérieure. Nous sommes absents des lieux où se construit l'influence des prochaines
décennies, absents de marchés d'expertise mondiaux de plusieurs milliards de dollars, absents en amont aussi des organisations internationales au sein desquelles se construisent les règles qui
régissent ensuite ces marchés.
Si nous venons sur ces marchés, si nous concourrons enfin dans ces compétitions de
taille planétaire – même si nous ne les gagnons pas à chaque fois – nous existerons dans la mondialisation et notre parole gagnera en crédit. Sinon, si la tonitruance et le verbe restent nos
seules armes, aussi fortes soient-elles, elles ne suffiront plus et nous disparaîtrons du monde.
Quels sont au juste ces marchés d'expertise mondiaux dont parle Nicolas Tenzer et qui
sont au cœur de son ouvrage et de la stratégie de reconquête à laquelle il nous invite ?
Ce sont tous ces marchés – technique, scientifique, juridique, écologique – qui se créent notamment dans les pays émergents et en Afrique. Ce sont sur ces terrains que la France doit
impérativement faire non pas tant son retour que son arrivée... C'est là que se construisent les rentes de demain, là que peuvent se dénicher les futurs points de croissance pour l'économie
française, là que nos exportations peuvent trouver de nouveaux marchés, là que nous sommes les plus désespérément absents ! Comme si, de manière délibérée, nous avions fait le choix de nous
détourner des lieux où se joue une bonne partie de notre influence dans le monde de demain.
Comment ne pas voir l'intérêt que nous pourrions retirer à prendre part aux
compétitions qui touchent à l'édification de normes juridiques dans les pays émergents ? Comment ne pas comprendre que lorsque nos concurrents remportent le « marché » du droit commercial ou des
contrats en Chine, cela veut dire qu'ils nous devanceront par la suite dans plusieurs futurs marchés indirects, dans toute l'Asie ? C'est de cette bataille de l'intelligence que dépend notre
salut. Nos actions, nos investissements, nos stratégies sont aujourd'hui bien trop modestes, bien trop timides, bien trop éparses pour porter leur fruit. Nicolas Tenzer montre remarquablement
combien nous n'avons pas compris par exemple l'utilité d'investir massivement dans certaines organisations internationales, que nous jugeons à tort comme étant de seconde importance. Un exemple
est de ce point de vue édifiant, c'est celui de notre « désertion » de la CNUDCI. La Commission des Nations unies pour le droit commercial international n'édicte pas de règles ou de
normes directement contraignantes pour les Etats mais produit de la « soft law», c'est-à dire un corpus de règles souples qui peu à peu, par contagion, finissent par se transformer en
règles partagées par tous... Contrairement à ses voisins, et notamment à ses voisins anglo-saxons, la France n'a pas perçu que derrière certaines discussions extrêmement ardues et techniques,
derrière des débats portant sur les réglementations en matière de commerce électronique, de transport international ou de sûreté, la CNUDCI abrite des débats de plusieurs millions de dollars et
constitue en fait une passage obligé dans toute stratégie d'influence digne de ce nom. Car celui qui crée la règle de droit qui finit par s'imposer à tous a forcément un avantage comparatif
important ; il maîtrise la « langue juridique » dominant plusieurs futurs marchés et ses entreprises n'ont nullement besoin de s'adapter à de nouvelles règles. En gagnant la bataille de la norme
juridique, certains Etats assurent leur avenir. Ne serait-ce qu'en termes d'économies de temps et de coûts générés, qui ne voit que la bataille initiale de la « norme » est essentielle ? Pourtant
nous sommes absents, tandis que les Etats-Unis y envoient leurs meilleurs cabinets de juristes ...
Au final, Nicolas Tenzer propose de penser une nouvelle diplomatie. Plus réactive,
plus cohérente, plus souple dans ses structures, cette nouvelle politique extérieure se donnerait les moyens de ses ambitions, en s'appuyant notamment sur le monde de la recherche, sur un réseau
dense d'acteurs publics et privés. L'international ne serait plus un domaine en dehors des autres domaines, un domaine réservé mais au contraire une exigence et le fil conducteur de toutes nos
actions publiques. C'est à ce prix sans doute, celui d'une stratégie nationale et européenne coordonnée, pro active, déterminée, que la mondialisation sera mieux comprise et acceptée. C'est à ce
prix aussi que les Français y verront la voie d'un possible renouveau, plutôt que l'annonce d'une disparition programmée.