Michel Chapelain, militant socialiste de la section de LORGUES, nous parle de LA
CRISE
LES PREMICES : LA CRISE A COMMENCE BIEN AVANT SEPTEMBRE 2008.
La crise était prévisible : pourquoi ? Née avec la mondialisation, la libéralisation du marché, cela fait près de 20 ans
qu’elle se prépare. Le libéralisme échevelé n’est pas d’hier !
Les capitaux ; où qu’ils soient placés ne pouvaient pas rapporter 15% (fonds de pension US) par an alors que la croissance
se situait à 2% (pour la France) ; 5% pour la GB et les USA (grâce au crédit à la consommation), l’Espagne (grâce au BTP) ; 8 à 10% pour les pays émergeants.
Les bénéfices des entreprises (Total) et les salaires des PDG (1 à 2 millions/mois + stocks options)
Les délocalisations ont plombé les économies occidentales sans contre partie sur le pouvoir d’achat, donc la consommation.(à
l’exception des télés, automobiles et quelques produits)
L’outil de production robotisé a atteint une capacité nettement supérieure à la consommation.
La virtualisation des échanges en supprimant toute transparence a supprimé tout contrôle.
Il est donc logique que la crise ait commencé par une crise financière.
LA CRISE.
La croissance est passée de 3% à 1% PUIS A 0% et sera négative en 2009 (production en baisse de 1,5%)
En France, la balance commerciale est nettement déficitaire : les importations > aux exportations.
La question est de savoir si la crise actuelle est plus profonde que la crise de 1929 ? Incontestablement OUI !
Pourquoi ? L’économie est mondialisée et il n’y a plus de système colonial.
Toutes les nations sont dotées d’un outil de production capable d’alimenter leur marché intérieur et ne sont plus de ce fait des
réservoirs de consommation en vue d’une relance, alors qu’elles constituent une concurrence à des coûts de production plus bas.
LES EFFETS DE LA CRISE :
En France, déjà au cours de l’année 2008, ce sont près de 200 000 emplois disparus. Pour 2009, ce seront plus de 300 000
emplois appelés à disparaître (chiffre optimiste). En janvier, on compte 90 200 demandeurs d’emploi de plus qu’en décembre 2008. On s’achemine vers 3,2 à 3,5 millions de
chômeurs à fin 2009/début 2010. Ce sont aussi les petits boulots au noir (femme de ménage, jardinier et maçon occasionnels…) qui vont disparaître faute de moyens des ménages, donc des
rentrées de 300 ou 400 € de moins pour les ménages.
La crise frappe la consommation courante. Seuls les produits de luxe résistent car s’adressant à une clientèle fortunée. Nous sommes
loin du « travailler plus pour gagner plus », des « heures supplémentaires détaxées »…et du Président du Pouvoir d’Achat !
L’industrie automobile qui représente 10% de l’économie est en grande difficulté : baisse des ventes malgré la prime à la
casse de 1 000€ (elle est de 2 500 € en Allemagne) ; disparition de marques comme Opel filiale de Général Motors (10% du marché européen) et Saab. Avec la crise, ce sont des bassins entiers
qui sont en difficulté si l’on tient comptes des emplois induits par la sous-traitance, sans oublier les pneus (Continental, voire Michelin). Autre secteur : la métallurgie, la
machine outil et le bâtiment avec la crise du crédit donc de l’investissement : des chantiers entiers sont en cours d’abandon.
Les effets de la crise portent en priorité sur l’emploi et en chaîne sur la consommation tous azimuts et les loisirs, tout en
renforçant l’épargne quand on le peut afin de faire face à des jours plus difficiles.
Rien d’étonnant à ce qu’il y ait plus de SDF, plus de recours au resto du cœur, au constat que la population en dessous du seuil de
pauvreté (650€ ?) atteigne 8 millions de personnes.
LA GESTION DE LA CRISE.
En France, la crise peut être amortie par :
Le système bancaire semble plus sain qu’aux USA et en GB. La crise est arrivée avant la mise en place des prêts
« hypothécaires » comme l’aurait souhaité Sarkozy (subprimes).
Le système social et public, du moins ce qu’il en reste après les réformes sarkoziennes : indemnisation du chômage,
couverture sociale, utilisation des RTT pour compenser le travail partiel (ce qui est scandaleux !), la persistance des retraites, le système de santé, les allocations familiales, l’aide au
logement, le RMI (1,2 million de bénéficiaires)…
Un secteur de population soutenu : environ 15 millions de retraités, 5 millions de fonctionnaires ou assimilés, 2 millions
d’emplois protégés (Sécu, Poste, SNCF, banques, assurances…) Ce sont 27 millions de Français certes ébranlés par la crise mais aux ressources et à l’emploi encore protégé. Les dépenses
publiques représentent près de 50% du PIB. Les prélèvements sociaux si dénoncés en période de croissance, sont en mesure aujourd’hui de garantir des revenus stables et de soutenir la
consommation.
Le recul de l’activité en France atteindra 1,9% en 2009. C’est moins qu’en Allemagne (2,5%) ou qu’en Grand Bretagne
(2,8%).
Que vaut le plan de relance du Gouvernement ?
26 milliards d’euros pour les investissements et 2,6 milliards pour le social..
Quels sont les bénéficiaires ?
Le gouvernement a fait le pari que le système bancaire français a moins souffert de la crise américaine que celui de la GB et de
l’Allemagne, pour privilégier à 80% l’investissement des entreprises (BTP, automobile) et les entreprises publiques (infrastructures). Les 20% restants allant aux ménages.
Détail du plan de relance : 11 milliards d’investissements de l’Etat vers les collectivités publiques ; 11 milliards
de remboursement anticipé des dettes aux entreprises (TVA…) ; prime à la casse 1 000€ ; exonération totale des cotisations sociales pour moins de 10 salariés qui embaucheront
en 2009 ; accompagnement aux salariés ayant perdu leur emploi, indemnisation partielle (0,5m) ; prime de 200 € aux bénéficiaires du RSA.
Et mesures sociales : suppression des deux tiers de l’impôt sur le revenu pour les plus modestes (1,1 milliard) ; prime de
500€ pour les chômeurs ayant travaillé de 2 à 4 mois ; prime de 150 € pour 3 millions de familles ; bons d’achat de service à la personne de 200 €.
Création d’un fond d’investissement social de 2,5 à 3 milliards, dont une partie seulement à la charge de l’Etat.
Est-ce suffisant pour soutenir la consommation et l’emploi ? NON ! L’emploi se détruit plus vite que prévu par le
gouvernement (au moins 40 000 suppressions par mois sur 2009), donc moins de consommation, donc moins d’emplois…La spirale s’auto entretient. L’argent prêtée aux banques sert en priorité à
réparer les erreurs avant de servir à l’investissement.
Il faudrait au moins 10 milliards de plus et que ce soit un plan concerté européen. Or, si la crise est le dénominateur commun à toute
l’Europe, les plans de relance sont très différents : 1,5% du PIB en France ; 3,3% en Allemagne ; 1,5% en GB ; 1,2% en Espagne ; 0,4% en Italie.
Le plan de relance proposé par le Parti Socialiste : un parti politique n’est pas un syndicat. Il doit proposer de grandes
orientations politiques. Est-ce le cas ? Oui. Mais si le Congrès de Reims avait élaboré un projet de société, aujourd’hui, face à la crise nous aurions un programme de gestion et de sortie
de crise. Cependant le plan à hauteur de 40 milliards est plus complet. Il allie investissement, formation, consommation et secours immédiat pour les plus démunis.
On peut y relever une anomalie : la réduction de la TVA de 1%. Ce sera d’une efficacité médiocre : la TVA frappe les gros
consommateurs, une faible baisse aura peu ou pas de répercussion sur les prix, cela fait une rentrée de 7 milliards de moins. Il aurait été préférable de dire : TVA 0% sur les produits de
bouche et de première nécessité. C’eut été beaucoup plus frappant et plus marquant pour les gens pauvres ! Et que signifie l’augmentation de 3% du SMIG ??? (20 ans pour arriver à
1500 € mensuels ?)
LA SORTIE DE CRISE.
Un grand parti comme le nôtre se doit de faire des propositions. Pourquoi ?
Nous devrions avoir un projet de société.
Si la crise dure 2 à 3 ans, les affaires, la production industrielle, la consommation, le BTP, ne pourront pas repartir du point
d’arrêt. Entre temps, les idées, les recherches technologiques, la recherche fondamentale, auront évolué à partir des acquis.
Prenons l’exemple de l’automobile qui n’est pas prête à être remplacée par les transports publics.
1- Le concept classique de la « voiture » est arrivé en butée : le pétrole se fait plus rare, coûte plus cher s’il y a
reprise de consommation, la pollution est à l’ordre du jour, la sécurité à des limites...
2- Les chaînes de fabrication sont ralenties, voire arrêtées.
Qui peut croire qu’il suffira d’appuyer sur un bouton pour repartir comme avant de façon durable?
Ce sera impossible : le concept de la « voiture verte » aura fait son chemin. L’automobile dans les villes ne sera plus
tolérée, d’autres habitudes auront été prises.
Chaque sortie de crise ou de mini crise a apporté un changement de vie.
Autre exemple : la construction. Déjà, une grande campagne est ouverte pour la maison anti-gaspi : rénovation de
l’ancien, isolation de l’ancien, mode et économie de chauffage, nouveau concept, incitation par des aides (prêt gratuit sur 10 ans, réduction d’impôts, prime). En France, 7% des maisons sont en
bois contre 15% en Belgique et 30% en Allemagne.
Le concept maison anti-gaspi est une véritable révolution technologique avec à la clé des perspectives d’emplois en nombre important.
La filière bois (entretien et exploitation de la forêt, construction…), actuellement 450 000 emplois et 60 milliards de chiffre d’affaires a de grandes perspectives.
Il faut être inventif.
Il faut penser : croissance, emplois, pouvoir d’achat, services publiques (santé, transports…), formation et
écologie. Pour le Parti Socialiste, il y a beaucoup de chemin à faire comme le demandent les militants qui osent s’exprimer. Les militants, comme le citoyen de la rue, seraient bien en
peine de dire ce que veut ou propose le PS. Pourtant, cela fait à peine 6 mois que se tenait le Congrès. Les motions (l’émotion) sont loin et il n’y a pas eut de motion de synthèse pouvant servir
de référence !!!
POUR UN PROGRAMME SUCCINCT.
1- encadrement du crédit en contrôlant les banques aidées (présence d’administrateurs au C.A). Créer une banque de crédit et
d’investissement qui serait sous contrôle de l’Etat (BP + CE ?)
2-mesures d’accompagnement pour sauver l’emploi, y compris dans des secteurs à haute concurrence comme l’automobile : prime à la
casse, crédit à 0%. Programme de développement des voitures « vertes »
3- aide à l’investissement dans les secteurs du BTP : rénovation (400 000 logements) ; logements sociaux (prix
plancher pour les collectivités locales); énergies nouvelles…
formation accélérée pour ces corps de métiers du BTP : aide aux chambres artisanales.
Reconnaissance des diplômes (BEP, Bac pro, Nouvelles technologies)
4- augmentation du pouvoir d’achat : prime mensuelle de 200 € de tous les salaires sans exception !
5- TVA 0% sur tous les produits de première nécessité ; alimentaires en premier.
6- arrêt des plans de réduction d’effectifs dans la fonction et secteurs publics.
7- grands travaux : enfouissement des lignes HT, amélioration du réseau routier, ferro-routage…
8- universités, recherche… : 3% ( ?) du PBI.
EN GUISE DE CONCLUSION : profiter de la crise pour créer une cassure des mentalités.
Il faudrait penser que la croissance n’est pas qu’une question de volume en terme de production et de consommation. La croissance doit
aussi se penser en terme de qualité : qualité de vie mais aussi pour l’avenir de la planète…La crise ne doit pas sacrifier le social ni servir à assainir des secteurs
d’emplois.
D’une manière générale, pendant la crise, il faut aider ceux qui perdront leur emploi, ceux qui sont dans le besoin…mais aussi, créer
les conditions de la reprise sur des bases nouvelles, notamment en développant la recherche fondamentale et appliquée (technologique).
La reprise doit se penser en alliant économie et écologie comme sources multiples d’emplois.
Certes, cela conduira à une augmentation du déficit, mais il sera d’autant plus facile de rembourser la dette que l’on sera performant
au bon moment. Pensons Europe !
Merci Michel pour cette étude bien construite et argumentée.